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Mac Orlan, Pierre (1882-1970)

Contents


Biographie

Il n'est pas facile de reconstituer les années de jeunesse de Pierre Dumarchey, qui s'est montré peu éloquent sur le sujet, et s'est parfois plu à brouiller les pistes. Qui plus est, un certain nombre de documents ont été détruits, que ce soit par accident (les registres de l'état civil de Péronne, dont l'acte de naissance de Pierre Dumarchey, ont disparu dans le bombardement qui a détruit son hôtel de ville en 1916, les archives de l'École normale contenant son dossier ont été détruites pendant la Seconde Guerre mondiale) ou de volonté délibérée : le père de « Mac Orlan » brûla ainsi divers papiers et documents personnels dans les premières années du {{s}}, et l'écrivain lui-même devait se livrer vers la fin de sa vie à un autodafé, brûlant dans son jardin une partie de sa correspondance et de ses archives personnelles, afin de ne pas avoir {{citation}}, confia-t-il à un témoin de la scène.

La connaissance de ces années est cependant décisive pour comprendre la genèse de l'œuvre ultérieure, tant celle-ci puiserait ses matériaux dans le {{citation}} que fut la jeunesse de son auteur, époque où Pierre Mac Orlan fit sa moisson de souvenirs. S'employant ensuite à les mettre en forme et à les {{citation}}, voire à les exorciser, l'auteur du Quai des Brumes s'appliqua à effacer ses traces de jeunesse pour se construire une biographie pour partie légendaire, et devait gommer jusqu'à son nom d'état civil, au profit {{citation}}, écrit Bernard Baritaud, le principal biographe de Mac Orlan.

Enfance

Pierre Dumarchey, qui adopta une vingtaine d'années plus tard le pseudonyme de « Mac Orlan », naquit à Péronne le {{date}}. Il fut le premier fils de Pierre Edmond Dumarchey (1853-1928) et de Berthe Francine Artus (1861-?). Cinq ans après la naissance de leur premier enfant, le couple eut un second fils, Jean (1887-1929?).

On suppose que les relations que Pierre entretenait avec son père, militaire à la carrière chaotique, furent difficiles, et que le climat familial se détériora à tel point que, à partir de 1889, les deux frères furent confiés, en qualité de pupilles, à la garde d'un oncle maternel, Hippolyte Ferrand, professeur d'histoire devenu inspecteur d'académie à Orléans.

Les relations entre l'oncle et les neveux ne furent pas non plus sans heurts : Jean fut probablement le plus rétif à l'autorité de cet homme austère et consciencieux, qui dut s'en séparer. Quant à Pierre, il conserva assez de rancune envers son tuteur pour avoir, en 1909 écrit des ouvrages érotiques (La Comtesse au fouet et Les Grandes Flagellées de l'histoire) en les publiant sous le nom de Pierre Dumarchey, afin, expliqua-t-il plus tard à Pascal Pia, de contrarier cet oncle {{citation}}.

Toutefois, un demi-siècle plus tard, c'est avec émotion que Mac Orlan évoquerait cet {{citation}}, dont il se sentirait enfin proche : {{citation}}

Du lycée d'Orléans à l'École normale de Rouen

Camille Pissarro : la rue de l’Épicerie à Rouen (huile sur toile, 1898)

D'après le témoignage de Pierre Mac Orlan, ses années d'études au lycée d'Orléans ne furent guère brillantes. Il n'est pas douteux toutefois qu'elles furent, associées à l'influence de son tuteur, déterminantes dans la formation de ses goûts littéraires, et que c'est de ce moment que naquit son intérêt pour les « poètes clandestins » de la culture classique, comme Catulle, Martial ou encore l'Apulée des Métamorphoses. C'est à cette époque également qu'il découvrit une œuvre qui devait le marquer durablement : celle de François Villon, peut-être par l'intermédiaire du futur poète et chansonnier Gaston Couté, qui à cette époque était scolarisé dans le même lycée, et que Pierre Dumarchey connaissait, bien qu'ils n'eussent pas été intimes. Mais, plus que la littérature, deux passions dominaient alors l'adolescent : Aristide Bruant et le rugby à XV.

Pierre Dumarchey admirait à ce point le chansonnier réaliste qu'il lui adressa, en 1898, ses premiers poèmes, et qu'il eut la joie de recevoir en réponse une carte postale de son idole, qu'il conserva précieusement toute sa vie. Trois ans plus tard, il rencontrerait à Montmartre l'homme dont les meilleures chansons, devait-il écrire plus tard, {{citation}}, ainsi qu'à une poésie populaire dont il faisait remonter l'origine aux ballades écrites en jargon de François Villon.

Quant au rugby, auquel il consacrerait un essai dans les dernières années de sa vie, il tint très vite une place si importante dans l'existence de l'adolescent qu'il devait expliquer près de soixante-dix ans plus tard que, {{citation}} Jusqu'en 1913, il pratiqua ce sport (il officiait au poste de demi d'ouverture), notamment à l'École normale d'instituteurs de Rouen (dont il se vantait d'avoir créé l'équipe{{,}}), puis au Paris Universitaire Club (en compagnie d'Alain-Fournier et de Henri Jeanson). Même s'il a sans doute exagéré la place qu'avait tenu le rugby dans sa jeunesse), Mac Orlan resterait toujours attaché à un jeu susceptible d'être pour des jeunes gens trop épris d'aventures un remède possible à la délinquance. En remerciement pour cette fidélité au rugby, il se vit offrir en 1967 un ballon ovale, dédicacé par les joueurs du XV de France, ballon avec lequel il fut enterré trois ans plus tard.

En attendant, les médiocres résultats scolaires du jeune Dumarchey au lycée d'Orléans incitèrent son oncle à l'envoyer à Rouen, pour intégrer cette École normale d'instituteurs dont Mac Orlan garderait des souvenirs essentiellement sportifs. Il y étudia durant l'année scolaire 1898-1899. Les archives de l'École normale ayant été détruites durant la Seconde Guerre mondiale, peu de choses sont connues sur cette période de la vie de l'écrivain, si ce n'est qu'il ne dépassa pas la première année et que, dès la suivante, il avait quitté Rouen pour se rendre à Paris. Il était alors âgé de dix-sept ans.

La bohème à Montmartre et à Rouen

Pierre Dumarchey arriva à Paris au cours de l'hiver 1899. Il y retrouva son frère Jean, apprenti chez un oncle restaurateur et décorateur de meubles anciens à Montmartre. Livré plus ou moins à lui-même, le jeune homme fréquentait le cabaret Le Zut, très prisé des anarchistes, où il fit sans doute la connaissance de Frédéric Gérard, le futur patron du Lapin Agile. Pierre Dumarchey écrivait alors des poèmes dans la veine post-symboliste, et envisageait de devenir peintre, à la manière de Toulouse-Lautrec, qu'il admirait. Mac Orlan donnerait dans un essai de 1929 quelques précisions sur cette vocation artistique : {{citation}} Il ajouta : {{citation}}

Il peignit à cette époque quelques tableaux à sujets sportifs, qui depuis ont été perdus, sans parvenir à vivre de son pinceau. Devenu rapidement sans le sou, il s'engagea alors comme teneur de copie dans une imprimerie parisienne, avant de retourner à Rouen à la fin de 1900, où il exerça la même activité pour le quotidien Le Petit Rouennais.

Le jeune homme fit à cette époque plusieurs allers et retours entre Paris et Rouen, d'autant plus difficiles à dater que Mac Orlan livrerait dans ses récits ultérieurs des versions divergentes sur la chronologie de cette époque de sa vie. Il s'en justifia en expliquant que, de 1900 à 1910 à peu près, les événements furent pour lui {{citation}}, et que {{citation}} Ce qui est certain en revanche c'est que, dans l'une et l'autre de ces deux villes, les premières années du {{s}} furent pour Pierre Dumarchey une période de vaches

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